Otan : L’enquête sur l’incident de la frégate Courbet restera confidentielle… pour ménager Ankara

Le 10 juin, engagée dans l’opération Sea Guardian, menée dans le cadre de l’Otan, la frégate légère furtive Courbet a été illuminée à trois reprises par la radar de conduite de tir d’un navire turc alors qu’elle s’apprêtait à contrôler le cargo Cirkin, soupçonné de violer l’embargo sur les armes décidé par les Nations unies à l’égard de la Libye.

Qui plus est, les marins du navire turc en question, en gilets pare-balles et casque lourds, s’étaient pisée aux affûts armes de leur bâtiment. « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’Otan », dénoncera Florence Parly, la ministre française des Armées.

À Ankara, on a livré une toute autre version de l’incident, expliquant que la frégate Courbet avait effectué des « manoeuvres dangereuses » et qu’elle n’avait pas été « illluminée » mais fait l’objet d’une « désignation » par par le radar de conduite de tir du navire turc. Ce que l’ambassadeur de Turquie en France, Hakki Musa, tenta laborieusement de démontrer lors d’une audition au Sénat…

À noter que les trois navires turcs qui escortaient le cargo Cirkin utilisaient les codes d’identification de l’Otan, alors qu’ils n’étaient pas autorisés à le faire puisqu’ils ne participaient pas à une opération de l’Alliance.

Quoi qu’il en soit, la Turquie a exigé de la France des « excuses inconditionnelles » pour avoir mis en cause ses navires dans cet incident. Et, de son côté, Paris a annoncé son retrait de Sea Guardian [et d’autres exercices navals de l’Otan, ndlr], expliquant qu’il n’était pas « sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l’embargo avec des alliés qui ne le respectent pas. »

On en était resté là jusqu’aux révélations de l’agence Reuters. Peu après l’incident, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, avait consenti, sous la pression, de lancer une enquête… Mais ses résultats ont été mis sous le boisseau, étant donné qu’ils sont « trop sensibles » pour être mis sur la place publique.

Le rapport d’enquête « a été mis sous le tapis », a dit un diplomate européen à Reuters. Un autre a confié qu’il était exclu de montrer du doigt la Turquie en raison de son « influence militaire et de la position stratégique qu’elle occupe sur le flanc sud-est de l’Otan ».

« Le rapport sur l’incident avec le Courbet n’a pas abouti car personne ne veut humilier la Turquie, qui a demandé bruyamment des excuses », a confirmé une source européenne. « L’incident a été acté » et le « Conseil de l’Atlantique [nord] a réaffirmé le respect de l’embargo sur la Libye et les règles de comportement entre Alliés », a-t-elle ajouté.

En clair, si l’on en croit les sources de l’agence Reuters, la Turquie est bien coupable des faits que lui reprochent la France… mais sa position stratégique et son influence militaire, réelle ou supposée, font que l’Otan ne veut pas la froisser. Ce qui explique, d’ailleurs, la gêne de Jens Stoltenberg, son secrétaire général, sur l’affaire des systèmes russes de défense aérienne S-400 acquis par Ankara.

« L’Otan est en état de mort cérébrale », avait lancé le président Macron, en novembre dernier. Peut-être. En tout cas, elle n’est pas assez forte pour exiger que l’un de ses membres cesse de fouler ses principes. Et aux États-Unis, certains membres du Congrès commencent à perdre patience. Comme le sénateur [républicain] Ron Johnson, le président du sous-comité sénatorial des relations extérieures avec l’Europe, qui a évoqué la fermeture de la base américaine d’Incirlik, dans un entretien donné au Washington Examiner, le 11 septembre dernier.

« Le chemin dans lequel [le président] Erdogan a engagé la Turquie est inquiétant. C’est dérangeant et très préoccupant. Et c’est certainement l’une des raisons pour lesquelles nous améliorons notre coopération militaire avec la Grèce », a-t-il dit. « Nous ne savons pas ce qui va arriver à Incirlik. Nous espérons le meilleur, mais nous devons prévoir le pire », a-t-il ajouté.

Photo : Frégate Courbet (c) Marine nationale

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